La route vers l’Orient

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Le touriste a d’abord été anglais. Après la défaite de Napoléon, l’Angleterre domine le monde. Sur la route des Indes, les militaires et leurs familles débarquent à Alexandrie et visitent les pyramides avant de s’embarquer à Suez. Le progrès des moyens de transport va accélérer le mouvement.

En 1869, Edmond About met seize heures pour faire Paris-Marseille en train, six jours pour Alexandrie par le bateau-poste des Messageries maritimes; un de plus jusqu’à Istanbul. Les durées de trajet ne varieront presque plus avant la fin de la Première Guerre mondiale. Bientôt, on peut descendre le Danube en bateau à vapeur jusqu’à Varna et trouver une correspondance ferroviaire de Varna à Istanbul. Et puis, en 1884, la Compagnie internationale des wagons-lits inaugure un Paris-Varna, avec un nouveau matériel. Edmond About est son invité ébloui :

 « La soirée du jeudi 4 octobre fut donc pour moi comme une révélation; elle m’ouvrit un monde que je n’avais pas entrevu même en songe[…] le train où nous allions monter s’allongerait parallèlement à un vieux wagon-lit du modèle qui a fait son temps […] trois maisons roulantes, longues de dix-sept mètres et demi, construites en bois de teck et en cristal, chauffées à la vapeur, brillamment éclairées au gaz, largement aérées et aussi confortables pour le moins qu’un appartement parisien. »

En 1890, l’Orient-Express arrive directement au cœur de Stamboul. Mais, pour un romancier comme Louis Bertrand, le pire est, du même coup, compagnon de voyage du meilleur :

« Plus de dangers à courir! Plus de fatigues à surmonter! Inutile de fréter un brick, comme Lamartine , et de s’exposer, pendant des semaines, aux tortures du mal de mer.[…] Les affiches des gares et les réclames des journaux vous en avertissent: par l’Orient-Express, Stamboul n’es qu’à trente-six heures de Paris. En quatre jours pleins, les Messageries maritimes vous débarquent sur les quais d’Alexandrie. Et, même, trois jours suffisent maintenant aux paquebots à turbine de la Compagnie péninsulaire. De Port-Saïd à Jaffa, ce n’est qu’une nuit à passer en mer, et, si l’on pousse jusqu’à Beyrouth, c’est vingt-quatre heures environ… Vous mettez pied à terre: des wagons, en général très confortables, vous attendent pour vous mener plus loin. Ceux qui vont de Louxor à Assouan sont merveilleusement aménagés: petites tables, fauteuils d’osier mobiles, divans capitonnés de cuir fort  propices à la sieste, portières défendues par de triples châssis superposés et dont l’un est muni de verres bleus qui tamisent la lumière trop crue – enfin, raffinement suprême, des glacières pratiquées sous le plancher, pour tenir au frais les provisions de bouche et les boissons! Sur la ligne de Bagdad, c’est encore plus beau. Les voitures de première sont de véritables salons, où le velours rouge s’étale avec une profusion et un faste tout germaniques. » 

En matière de casernes flottantes, le Nil en a vu passer d’autrement réelles, transports de troupes et canonnières, venus coloniser au sens propre. Et un siècle s’est écoulé depuis l’Itinéraire de Chateaubriand.

 

 

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